MMA: comment le premier gala a été autorisé en France

 Par Clément Daniez, publié le , mis à jour à 
Le Japonais Koji Oishi frappe son adversaire philippin Honorio Benario pendant un combat de MMA, le 31 mai 2013, à Manille.

Le Japonais Koji Oishi frappe son adversaire philippin Honorio Benario pendant un combat de MMA, le 31 mai 2013, à Manille.

 afp.com/Noel Celis

Le Cirque d'hiver de Paris a accueilli samedi la première manifestation française publique d'arts martiaux mixtes. Récit d'une autorisation officielle qui rend furieux le secrétaire d'Etat aux Sports.

[Exclusif] "On n'est plus dans le sport, mais dans les jeux du cirque", déclarait en janvier à L'Express le secrétaire d'Etat aux Sports Thierry Braillard, pour justifier le refus de la tenue de combats d'arts martiaux mixtes (ou MMA, pour mixed martial arts) en France. Samedi soir, non seulement la France a accueilli son premier événement du genre, mais celui-ci s'est déroulé - cruelle ironie pour le ministre - au Cirque d'Hiver, célèbre salle du XIe arrondissement de Paris. 

A lire, notre enquête >> MMA: cachez ce sport que l'on ne saurait voir 

 
 

Pour les fans et les pratiquants de cette sulfureuse discipline, non homologuée en France, mêlant tous les sports de combat (judo, lutte, boxe thaï...), ce samedi 19 septembre restera comme un jour historique. Jamais, avant ce "Cage Encounter 4", la France n'avait "officiellement" autorisé sur son territoire des combats avec frappes au sol au sein d'une aire de combat fermée par un grillage, couramment appelée "cage". Officiellement? Car, c'est dans le respect du droit que la manifestation s'est déroulée, assurent les organisateurs. 

"Un dossier a été déposé le 19 août à la Direction départementale de la cohésion sociale (DDCS), comme toujours pour une manifestation publique de boxe, raconte à L'Express leur avocate, Me Tatiana Vassine. Les autorités avaient dix jours pour autoriser la manifestation, l'interdire ou demander des pièces supplémentaires. Il n'y a eu aucune réponse passé ce délai, elle était donc tacitement autorisée." 

 

En l'espèce, le silence gardé par l'administration sur une demande vaut bien accord (voir la liste des procédures concernées sur le site de Légifrance). Les places ont alors pu être mises en vente publiquement sur une billeterie en ligne, avec la mention "arts martiaux mixtes". Elles se sont arrachées. Samedi, la salle de 1600 places était comble. 

Visite surprise des autorités

Jusqu'à l'avant-veille de la manifestation, les organisateurs n'ont reçu aucune nouvelle des autorités. Ils sont contactés le vendredi 18 septembre au soir par la DDCS de Paris, qui leur demande des éléments sur l'encadrement de la manifestation. "Nous leur avons renvoyé ceux qu'ils avaient déjà dans le dossier, notamment la présence d'une équipe médicale avec le chef du service de réanimation de l'hôpital Beaujon de Clichy", détaille Me Vassine, associée dans un cabinet spécialisé dans le droit du sport. 

Deux descentes de police ont lieu au Cirque d'Hiver le jour de la manifestation. La première fois, l'après-midi, le directeur artistique du Cirque, Joseph Bouglione, assure aux agents dépêchés sur place que tout est en ordre et que le Cirque d'Hiver n'en est pas à sa première soirée de combat. Ils repartent aussitôt. La seconde fois, vers 19 heures, une commissaire de police du secteur s'est présentée avec le directeur de la DDCS et des inspectrices des services de ce dernier. 

"Au bout de cinq minutes, la commissaire est repartie, après avoir constaté que les conditions de sécurité, tant pour l'air de combat que pour le médical, ne posaient pas de problème, témoigne Me Vassine. Les agents de la direction départementale ont consulté les dossiers de tous les combattants et sont repartis à la fin de l'événement, vers 23 heures, sans avoir posé une interdiction, preuve qu'on était bien dans le cadre d'une manifestation autorisée." 

La colère du secrétaire d'Etat aux Sports

Dans Le Parisien, ce lundi, Thierry Braillard ne décolère pas. "Je n'aime pas être roulé dans la farine", déclare-t-il, en précisant que "pour organiser un événement de MMA, il faut être dans une fédération affiliée, ce qui n'est pas le cas". Faux, répond-on du côté des organisateurs. "Monsieur Braillard a une interprétation qui s'éloigne des dispositions du Code du sport, car tout le monde peut organiser une manifestation publique de boxe, une affiliation à une fédération n'est qu'un régime d'assouplissement de la procédure d'autorisation", assure Me Vassine. 

"L'autorité administrative peut, par arrêté motivé, interdire la tenue de cette manifestation [sportive] lorsqu'elle présente des risques d'atteinte à la dignité, à l'intégrité physique ou à la santé des participants", précise en effet l'article L 331-2 du Code du sport. "Si la manifestation était illégale, pourquoi ne l'ont-ils pas interdite, les agents étaient sur place! Parce que la loi a été respectée", martèle Me Vassine. 

"Les documents fournis sur le règlement de cette compétition sont en langue étrangère et ils n'évoquent qu'une réunion de sport de combat, sans préciser qu'il s'agit de MMA", attaque Thierry Braillard, toujours dans le quotidien. Faux, encore, selon les organisateurs. "Mixed Martial Arts, c'est pourtant écrit en toutes lettres dans lerèglement technique déposé en préfecture, s'étonne Me Vassine. Et il n'y a pas obligation dans le Code du sport de ne pas déposer un règlement en anglais, d'ailleurs les services préfectoraux n'ont pas exigé une traduction." 

Braillard promet une enquête

Que va faire le ministère des Sports? "Notre enquête (administrative) entraînera peut-être des sanctions", a promis Thierry Braillard. "On va organiser un nouvel événement dans les mois qui viennent, promet Fernand Lopez, l'un des organisateurs de la soirée. Ce sera dans le cadre légal. Ils auront le droit de dire non et s'ils disent non, on va porter la question devant le tribunal administratif (TA)." 

Le "Cage Encounter 4" crée un précédent. La démarche pourrait inspirer les promoteurs répartis sur le territoire français, si ce n'est l'UFC [l'équivalent de la Ligue des Champions au foot pour le MMA], et les recours au tribunal administratif pourraient ainsi se multiplier. "L'autorisation actée du Cage Encounter 4 fait partie des arguments que l'on pourra présentés au TA", confirme Me Vassine. 

La suite devant les tribunaux

En l'état actuel du droit, comment le ministère pourra-t-il tenir sa position? "Quand on combat au sol à coup de coude, on est dans l'atteinte à la dignité humaine, donc pour l'instant le Code du sport l'interdit", assurait samedi Thierry Braillard, au JT de 13 heures de France 2. 

"Il va devoir prouver en quoi il y a plus atteinte à l'intégrité physique dans le MMA que dans d'autres sports de combat, prévient Lopez. En boxe anglaise par exemple, on permet aux combattants de continuer s'ils se relèvent en moins de 10 secondes après une commotion cérébrale. En MMA, le combat est tout de suite arrêté." Le combat pour la reconnaissance du MMA pourrait, lui, durer un peu plus longtemps.